Sac à dos et calmars à Kota Kinabalu, Bornéo

par Véronique Dargy

Ce qui m’inspire en voyage est de pouvoir plonger dans une culture à travers la nourriture d’un pays, faire vivre à mes papilles des instants délicieux dont elles se souviendront. Je désire tout goûter, tout voir, tout découvrir. Pour ce faire, je dois me conformer à une règle de voyage en solo à sac à dos très simple, soit de voyager léger sans encombrement.

Je remplis donc mon fidèle compagnon de 1,5 lb des essentiels uniquement, dans le but de découvrir le plus d’endroits possibles tout au long de mon itinéraire Thaïlande-Malaisie de cinq semaines, et plus précisément, me rendre à Bornéo où je désire réaliser un rêve. Malgré les tentations gourmandes, culturelles et écologiques, je dois garder en tête l’objectif principal de ce voyage : atteindre le plus haut sommet d’Asie du Sud, le mont Kinabalu.

crédit : Véronique Dargy

crédit : Véronique Dargy
Calmars frais du marché aux poissons de Kota Kinabalu

Mon parcours vers la Malaisie orientale est assez rocambolesque. Après avoir visité le nord et les îles du Golfe de la Thaïlande, je dois atteindre la capitale de l’État de Sabah, Kota Kinabalu, et mettre la main sur un forfait hiking de deux jours incluant guide, lit au refuge Raban Rata et repas. Pour atteindre « KK », tel qu’on la surnomme, je décide de traverser d’île en île la mer Andaman à bord de yachts bondés de touristes accompagnées de leurs sacs et valises lourds et gigantesques, en séjournant sur quelques unes d’entre elles pour reprendre des forces, profiter des environs idylliques, et bien sûr, me délecter du fameux phat thaï et de la succulente nourriture de rue thaïlandaise émanant la noix de coco. Bien qu’il soit difficile de résister au charme de certaines destinations singulières, je touche finalement terre en Malaisie sur la charmante île de Langkawi, et repars quelques heures plus tard vers l’éblouissante et animée capitale, Kuala Lumpur, située en Malaisie occidentale. Ici, la nourriture indienne parfumée d’épices; les affi ches « Serve no pork »; les femmes voilées et à niqab; et les regards mal posés sur mon short et haut sportifs foisonnent. J’échange ma tenue contre des vêtements plus respectueux de la culture musulmane et prends un autre vol vers Bornéo, en Malaisie orientale… Me voilà enfin à Kota Kinabalu.

D’abord, je m’enregistre au primé Lavender Lodge – récipiendaire du Certificat l’excellence Trip Advisor en 2012 et 2013 –, où de nombreux voyageurs à sac à dos peuvent échanger sur leurs expériences et partager de riches connaissances touristiques, et bien sûr (la beauté de la chose) tisser des liens d’amitié au cours de leur voyage. Sitôt arrivée, je me vois remettre par le sympathique propriétaire de l’hôtel une adresse où je dois me présenter le lendemain matin pour réserver mon séjour de randonnée au mont  Kinabalu. Tout ce voyagement creuse l’appétit, et pour le souper je décide de m’aventurer  dans la ville qui au premier coup d’oeil, n’a rien de très impressionnant. Encore que les restaurants de fruits de mer installés sous l’enseigne lumineuse « Welcome to Kota Kinabalu » m’attirent en exposant leur menu vivant dans des centaines d’aquariums abritant toutes sortes de mollusques, crustacés et poissons gigotant (fraîcheur garantie!), ma curiosité opte pour repérer ce populaire marché aux poissons d’influence philippine indiqué sur la carte. Je dois mentionner qu’au départ tout ce que je savais de KK était que je devais y faire un arrêt pré-grimpe. La surprise fut tout en mon avantage.

En me baladant dans la ville en direction du port, je remarque par les affiches de restaurants une grande diversité ethnique. Les influences indiennes, philippines, indigènes et chinoises sont très présentes. Arrivée sur la promenade qui longe la mer de Chine méridionale, j’aperçois des dizaines de bateaux de pêcheurs colorés accostés qui me confirment que je suis au bon endroit. Plus j’avance, plus la myriade d’odeurs et la fumée des grils m’envahissent. J’y suis, seule, au beau milieu de tous ces stands aussi appétissants les uns que les autres. Je me glisse dans la foule avec mon appareil photo; en face de moi ont lieu des négociations féroces pour de géants morceaux de thons frais pêchés étalés sur de grandes tables, à ma droite se trouve tout un tas de poissons tropicaux colorés, et à ma gauche, une montagne de poissons rouge qui ressemblent au vivaneau (les affiches sont en malais), ainsi que des dizaines de bacs remplis d’homards que jamais je n’ai vu auparavant, ornés de bleu, turquoise, rose et vert lime. Splendide!

Crédit : Véronique Dargy Coucher du soleil en front de mer à Kota Kinabalu

Crédit : Véronique Dargy
Coucher du soleil en front de mer à Kota Kinabalu

Je ne sais plus où donner de la tête. Mes pieds, eux, pataugent dans ce que je crois  être de l’eau salée, mais qui à la lumière devient plutôt rouge. En regardant de plus près, je réalise que je marche dans du sang de poisson, ce qui ralentit mes ardeurs et me pousse à faire un choix car de toute manière, mon ventre crie famine. Je choisis le calmar grillé et les crevettes sur un bâton, ainsi qu’un thé aromatisé que je commande à la dame cachée derrière le gril rouge vif, prêt à accueillir mon souper. Lorsque c’est prêt, je lui lance un maladroit terima kasih (merci en malais), et continue de flâner, tout en savourant mon repas. Il s’agit du calmar le plus tendre et goûteux que j’ai jamais mangé. Par ailleurs, ne faites pas comme moi : n’oubliez pas de le vider! Pour ce qui est des crevettes, je goûte littéralement la mer. Je dois absolument revenir avec ma nouvelle partenaire de chambre philippine, Kristine, qui elle aussi est de passage dans la ville pour monter Kinabalu.

Je suis prête. Mon forfait est réservé, et puisqu’il s’agit d’un circuit avancé où l’on doit grimper une partie de la nuit, je m’assure que je possède tout l’équipement nécessaire. Au sommet, la température est de 0 degré Celsius et étonnamment, les vêtements d’hiver se trouvent facilement à Kota. Ne reste plus qu’à profiter de cette dernière soirée à KK avec ma nouvelle amie Kristine au marché aux poissons, qui est en mesure de m’expliquer qu’aux Philippines, on mange des petits oeufs avec des foetus, et qu’elle pourrait m’en faire goûter, si le coeur m’en dit. Mais, je décline gentiment l’invitation; nous rions, échangeons sur nos cultures (nord-américaines et philippines), et je choisis finalement de déguster toute une sélection de fruits de mer sur un bâton, en plus d’une assiette de poulet suggérée par ma nouvelle amie, couvert d’une sauce noire sucrée à la texture plutôt étrange, mais si délicieuse. Comme breuvage, notre choix s’arrête sur les imposantes noix de coco remplies d’eau de coco, fraîche à en redemander. Le ventre plein, nous nous rendons à notre chambre, préparons nos sacs de randonnée et allons au lit, les jambes et les mains fourmillant d’excitation. Nous allons vivre l’expérience d’une vie, à plus de 4 500 mètres d’altitude. Je m’endors, rêvassant à ce magnifique lever de soleil qui m’attend à travers les pics et sommets qui resteront gravés à jamais dans ma mémoire. Terima kasih Kota Kinabalu!

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