SINGAPOUR – Paradis de crieurs, la meilleure nourriture se trouve dans les rues

C’est un chaud vendredi soir en Asie du Sud-est et je fais la fête comme une vedette rock, façon Singapour, ce qui signifie que je passe d’un endroit à un autre accompagné du photographe de célébrités Russel Wong ainsi que du puissant chef et blogueur Marc Matsumoto. Nous laissons tomber tous les bars et les boîtes de nuit les plus branchés de la ville et nous dirigeons plutôt vers ses restaurants moins connus les plus délicieux.

Il nous a alors prévenu que la femme qui gère le premier endroit que nous visiterons n’est pas toujours de la meilleure humeur, mais son canard rôti cantonais en vaut plusque la peine. « Au dîner, les gens font la queue et elle vend toujours tout », dit-il, ajoutant que je ne devrais pas me fier à l’apparence spartiate du restaurant, lequel porte le nom moins que salubre Kay Lee roast Meat Joint. « La priorité n’est jamais l’atmosphère, mais plutôt le contenu de l’assiette. Ici, la nourriture est le dénominateur commun, le grand égalisateur. Mieux vaut un bon repas assis dans une allée à côté d’une poubelle, même le premier ministre le fait », explique-t-il. « Nous avons grandi avec cette mentalité. Lorsque nous voyons une nappe, nous nous sauvons aussi vite que si nous avions volé quelque chose ».

Singapour est un creuset délicieux de cultures et de cuisines. Ici, sur une île avec plus de 2 200 restaurants enregistrés (sans compter la nourriture vendue dans la rue et les kiosques de crieurs, qui semblent presque innombrables), le message d’accueil standard n’est pas « Comment allez-vous? ». Il s’agit plutôt de « Avez-vous mangé? ». Les soirées où les citoyens travaillent tard sont souvent synonymes d’une visite rapide au kiosque d’un crieur local, ce qui a donné lieu à une culture florissante de nourriture vendue dans la rue. Alors, même si Singapour ne manque pas de restaurants cinq étoiles (et d’hôtels), les habitants vous diront que les repas les plus alléchants se trouvent dans la rue, ou très près.

J’y étais en mission plaisante : trouver la meilleure nourriture de Singapour. J’ai commencé par manger en chemin dans certains des plus grands centres de crieurs de l’île, des marchés couverts comprenant des rangées de kiosques alimentaires miniatures qui se spécialisent habituellement dans un produit. On parle de nourriture vendue dans la rue sécuritaire.

Tout en conservant leur authenticité, ils sont régulièrement inspectés et chacun affiche fièrement sa note de passage en avant. Au Maxwell Found Centre, qui est englouti par une vague de gens d’affaires en habit chaque jour à l’heure du dîner, j’ai dégusté un ondé ondé, une gâterie sucrée faite de farine de riz gluant et couverte de noix de coco, un peu comme un Timbit malaisien, de même que du riz au poulet, possiblement le met favori de l’île, qui offre exactement ce qu’il promet (du poulet juteux accompagné de riz blanc).

J’ai aussi parcouru plus de 350 kiosques au Old Port Road Hawker Centre en trouver un vendant de la rajak fruitée (aussi connue sous le nom de salade singapourienne, un mélange de fruits frais, de beignets frits et de tofu, le tout nappé d’une sauce aux arachides), un endroit si populaire que j’ai dû prendre un numéro une fois sur place. J’ai mangé des currys délicieux sur une feuille de bananier dans la bourdonnante Petite Inde, siroté une soupe fumante aux côtes de porc, le bouillon versé d’une théière d’argent, sous les ventilateurs tourbillonnants dans un genre de centre commercial, puis goûté des quenelles au porc au vénérable et sans prétention Kim Choo, où est servi une fusion de cuisines chinoise et malaisienne, appelée nourriture Nyonya (ou Peranakan).

Toutefois, mes repas préférés sont consommés en passant d’un restaurant à un autre avec Messieurs Wong et Matsumoto. En arrivant au Roast Meat Joint, plutôt que l’accueil aigre auquel nous nous attendions, nous sommes en fait traités comme de la famille revenant d’un long voyage.

Après avoir dévoré des assiettes pleines de canard juteux assis sur des tabourets instables directement sur le trottoir, nous repartons et nous dirigeons vers le restaurant Rochor Original Beancurd ,où nous nous asseyons à une table de plastique dans une allée à côté d’une benne, près de voitures stationnées en double le long de la rue, toutes là pour se procurer une tasse de ce dessert sucré et gluant. « Il s’agit de l’aliment réconfortant singapourien ultime, vous pouvez en manger à n’importe quel moment de la journée. »

Nous terminons notre soirée dans une crèmerie locale astucieusement nommée Udders, où je succombre à la pression de mes pairs et essaie de la crème glacée faite de durians, les fruits tropicaux célèbres pour leur très mauvaise odeur, si puissante qu’il est illégal d’en apporter à bord du métro de Singapour. Les durians ne ressemblent à rien que j’ai mangé auparavant, un goût indescriptible très déplaisant, néanmoins une excellente façon de terminer la soirée, puisqu’il s’agit de l’expérience gustative singapourienne ultime. On peut en dire de même de la traversée de l’île à la recherche de nourriture formidable!

Par Tim Johnson

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