Aventure jamaïcaine : à vos marques, prêts, mangez!

Il est 5 h du matin. Je me trouve sur la ligne de départ du Reggae Marathon, bondissant d’un pied à l’autre entre 1 800 coureurs aux yeux encore à moitié fermés. Le flambeau Tiki trace son chemin dans la noirceur. Avec seulement une barre de céréales dans le ventre, je suis déjà en train de rêver à refaire le plein de glucides à la fin de la course.

Je mange (beaucoup), donc je cours. En réservant une escapade culinaire en Jamaïque, je me suis inscrite au 10 km du Reggae Marathon de Négril, au nom de la perte de calorie préventive. En y repensant, je suspecte les 600 calories dépensées de n’avoir couvert qu’un seul accompagnement de banane plantain, mais la combinaison « courir-manger » signifiait une double portion d’hospitalité de l’île.

Jamaika Marathon

À 5 h 15, le coup du pistolet de départ est tiré. C’est parti! Les membres du Silver Birds Steel Orchestra – un jeune orchestre de tambour métallique de Kingston – font tournoyer balancer leurs cheveux et entrer dans la danse leur pantalon blanc tandis qu’ils font résonner  des classiques de Bob Marley et les hymnes de Lady Gaga. Ils sont mon double espresso.

Excitée, je passe à toute vitesse les bandes de plages blanches et d’océan au clair de lune. Au septième kilomètre, mes genoux hurlent. Je cours en boitillant, devant les DJ au bord de la route qui jouent les succès dancehall, et les familles installées devant leur maison qui arrosent les coureurs et distribuent des rafraîchissements. Le soutien de ces résidents qui ont sacrifié leurs dernières heures de sommeil m’encourage à continuer. À la marque du neuvième kilomètre, les rues rayonnaient de rose. Je me suis soudainement rappelé, en tant qu’ancienne livreuse de journaux, à quel point j’aimais ce moment de la journée.

Dix kilomètres : je franchis la ligne d’arrivée en chancelant. Les encouragements des étrangers me font sentir comme si mon imposante médaille de finissante – ornée d’un palmier vert pailleté style disco – en était une d’or olympique. Aussi, je peux maintenant manger.

À la station de repos, je prends une banane sucrée au miel et une noix de coco fraîchement coupée, puis file tout droit dans la mer des Caraïbes. Les vagues apaisent la douleur pulsatile de mes mollets. Je rejoins mes compagnons de course et j’en rencontre des nouveaux. Peut-être est-ce l’endorphine, mais je me sens privilégiée d’être ici, forgeant des liens avec cette bande de fous, tous décidés à se lever à 2 h du matin pour le plaisir de courir à travers cette splendide ville balnéaire tandis qu’un nouveau jour se lève.

Je suis levée depuis sept heures déjà lorsque je retourne au Grand Palladium Resort, Montego Bay, pour mon second déjeuner. Je vais sur la plage au Jerk Shack, pour de la paella servie depuis une casserole de la taille d’un village. Elle abonde de riz infusé de safran, poivrons verts, moules, palourdes dans leur coquille, crevettes dans leur carapace, et quartiers de citron. Mon assiette pourrait nourrir une équipe de travailleurs de la construction.

Après une sieste profonde sur le bord de la piscine, mon groupe retourne à Négril juste à temps pour le coucher du soleil, pour siroter quelques cocktails au Rick’s Café tandis que les enfants plongent dans la mer des Caraïbes du haut d’une falaise de 35 pieds. Le simple fait de les regarder redonne à mes jambes le sentiment de Jell-O d’après course.

Ensuite, nous allons au restaurant Pushcart pour des plats inspirés de la nourriture de rue tels que le poisson cuit à la vapeur avec du pain bammy – un pain plat au manioc râpé aussi moelleux que du duvet et un cadeau du ciel pour ceux qui évitent le gluten.  Nous terminons la soirée avec des Drunken Coconuts – ou peut-être que ce sont ces cocktails arrosés de rhum servis dans des noix de coco qui nous achèvent. De retour au complexe hôtelier, le twerking s’en suit.

Dimanche après-midi, nous traversons les montagnes de Montego Bay à Treasure Beach, sur la rive sud de la Jamaïque. Les dames qui revenaient de l’église vêtues de robes bleu cobalt et fuchsia, harmonisées à un chapeau épinglé de fleur, partagent les routes étroites avec notre camionnette. Pour éviter que le bord de la route abrupte nous jette aux oubliettes dans la jungle, je me concentre sur des détails comme l’âne, le cochon et la chèvre flânant sous un arbre, tels des camarades de classe qui attendent l’autobus, et sur les reprises tropicalisées qui jouent en boucle dans la camionnette. Que Sera nous apporte une série de virages très serrés à un stand de fermier en bord de route à Middle Quarters.

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Une jeune adulte à voix douce nous sert des arachides humides fraîches dans leur coquille et des prunes de Cythère, dont le goût comparable aux mangues vertes s’intensifie avec une touche de sel. Nous faisons craquer la carapace des langoustes assaisonnées de sel, de poivre et de bouchons de Scotch, cuisinées sur son gril à charbon de bois. Pour le dessert, nous aspirons la pulpe crémeuse autour des graines noires brillantes des pommes cannelle (ou attes). Ce met délicat local goûte le fruit de la passion, la crème glacée à la vanille et l’ananas tous en un.

Ceci est le prélude parfait à notre expérience culinaire finale : nous sommes à la paroisse de Saint Elizabeth, connue pour être le grenier de la Jamaïque. Ici, nous prenons des poses photo dans le studio de yoga al fresco; nous marchons parmi les vergers avec le chef Dockery Lloyd, écrasant les pétales d’oseilles qui ressemblent à de la rhubarbe; et  nous sirotons des daiquiris à la banane près de la piscine d’eau salée.

Lors de notre dernière journée, nous suivons un cours de cuisine à l’extérieur au grill, avec les vagues déferlantes en arrière-plan. Les colibris voltigent tout près, de toute évidence aussi curieux que nous de voir comment le chef transformera le fruit à pain en un plat semblable à des pommes de terre rôties, ainsi que la chair butyreuse de l’akée (fruit national de la Jamaïque) en des œufs brouillés.

C’est en mangeant ces accompagnements, avec de la morue salée ferme et une portion de calalou et ses légumes tendres pour mon dernier déjeuner au soleil levant, que je décide que tout cela est suffisant pour revenir en course. Reggae Marathon 2015, quelqu’un?

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